Shelomo
Selinger will show a new selection
of wood, stone and bronze
sculptures from October 9.
Comprendre ce que la pierre va devenir
Je dresse la pierre ici (dans la cour, à l'entrée
de son atelier). La pierre est là, et je ne la touche
pas avant de comprendre quelle sculpture est cachée
à l'interieur. Je sais qu'il y a une sculpture à
l'interieur, mais je ne sais pas encore laquelle.
Je la visite tous les jours, la pierre me nargue,
elle me dit: - toi, tu as toutes les possibilités
et tu ne fais rien. Elle me provoque, mais je ne sais
pas encore qui elle est. Un jour elle se révèle
et je comprends ce qui se passe à l'interieur de la
pierre, c'est là que le dialogue commence.
J'ai
mon idée, mais il faut que la pierre l'accepte.
Il m'est impossible d'imposer mon idée, ce
serait un viol, et il faut de l'amour. L'amour, lorsque
c'est réciproque, c'est le summum de la poèsie.
Avec la pierre, il en est de même, on débute
le dialogue, et l'amour commence.
Au cours de mon travail, j'interroge la pierre, elle
me répond, si elle est en accord avec moi,
je la travaille, si elle n'est pas d'accord, je n'y
vais pas.
Je travaille toujours en respectant la pierre, il
ne faut jamais aller contre la nature de la pierre.
La matière a toujours raison. Si l'artiste
croit avoir raison, il a tort.
La sculpture, c'est un objet innondé de lumière
qui contient l'esprit, qui contient l'âme.
La sculpture avec une lumière n'est pas obligatoirement
vivante; effectivement tout est esprit, tout est vie.
Dans le meilleur des cas, je suis un outil; l'esprit,
l'âme, sont independants de moi. Il faut les
meriter, on ne les mérite pas toujours. Je
regrete de ne pas posséder l'outil pour faire
entrer l'esprit dans la pierre.
C'est toujours avec respect, avec amour, doucement,
en travaillant, que le dialogue se développe,
et le dialogue devient une sensation d'amour réciproque.
Shelomo Selinger, interview par Einar Moos